[align=justify]L’attente
Jamais, l’on ne pourra t’oublier,ni te chasser des esprits ,
car …tout simplement , j’aime à la folie ,tes yeux
; charmante fille des grenadiers ,aux seins d’orange !
Alors.. pourquoi nous faire attendre ?
« Ouyoune » racontent les légendes , était une sirène pourchassée de son royaume « Paradis » , au pays de luth , d’ambre et de poésie . Puis , arrivée sur la côte d’encens , de hinné et de marabout , elle fut accueillie avec révérence par les indigènes , éblouis par le charme que lui procuraient la pure
té de sa peau et , surtout la noirceur mystérieuse de ses grands yeux .
Elle était d’un savoir incomparable , un refuge indécevant .. Aussi , tout individu n’avait-il sur les lèvres que le nom d’ « Ouyoune ». Comment ne pas reconnaître que , grâce à elle, les sources jail lirent et mirent fin à des conflits sanglants une fois que les eaux eurent tari ? et qu’à peine se fut-elle installée que les grenadiers fleurirent et que l’on n’eut plus besoin de sacrifier autant de bœufs sur le seuil d’un « Siyid »(saint) ?
Certes , elle était pour quelques uns un porte malheur et que l’on n’hésita point à orner les portes de formes et d’images susceptibles d’éloigner le mauvais œil , craignant qu’une malédiction divine ne s’abatte sur le Bled .Or , son indifférence et son extrême confiance en elle-même firent reculer tous les médisants . Ainsi , lorsque le jour expirait , elle se trouvait soudain seule et se livrait , alors , à ses cha grins ; retenant sa profonde nostalgie pour ceux qu’elle fut contrainte de quitter et chantonnait :
Rapportez , O ; mille et une nuit
La nuée embaumée , car l’amour
Se désaltère de rosée de l’aube .
Combien de temps passa depuis que les astrologues ont prophétisé de l’extinction d’une étoile ? Cela a suffi pour que l’on se paniquât et que l’on s’attendît à l’approche imminente du jour de la résur- rection..Que de gens s’adonnèrent , alors , aux pratiques ferventes et aux longues prières nocturnes .On nomma l’argent « ordure » de ce monde . Dorénavant , tout a changé...même Ouyoune . Elle n’est plus celle que connurent les anciens : parents et ancêtres .Elle n’a plus cette renommée tant convoitée ,ni ce savoir tant envié . On raconte qu’elle parvient à peine à lire , voire même à déchiffrer un certain nom- bre de « Talacims »qu’elle obtient des «Fkihs » dans les différents marabouts . Menant une vie de plus en plus isolée , elle n’est plus cette créature pleine de vivacité et de gaieté ; cet être charmant qui em - brassait la lune , interrogeait les étoiles , se fondait dans la nuit , se levait avec l’aube et souriait au so- leil … Ceux qui ont le privilège ou , plutôt la chance de la croiser sur le chemin menant au cimetière ,
prétendent que son cœur a perdu tout signe de pitié qui , jadis , caractérisait son âme et dont beaucoup de monde profitait . Comment ? Pourquoi ?..Dieu seul le sait . Mais certains disent , d’autres affirment à tort ou à raison qu’Ouyoune fut victime de la calomnie , de la jalousie , de la haine …de l’amour . Eh oui ! Il est de l’amour qui tue et , « quand le bœuf s’écroule , dit le dicton , les lames se multiplient . »
L’eau pure des sources qui descend sinueusement du haut des montagnes en chantonnant , perd de
fierté et de pureté en allant tout bas embrasser les ondes troublées des fleuves ou les vagues salées
des mers…La colombe qu’une balle atteint en plein ciel , choit , tachée d’un pourpre , en se couvrant de poussière du sol , après avoir survolé ivrement les collines…La feuille qui a vécu longtemps hautai- ne, embrassant son chêne tant aimé, se voit contrainte à s’en séparer en se balançant pour aller se sou- mettre au pied de l’arbre , fanée , sèche , mesquine ...et le cœur ?..oui , le cœur orgueilleux , puis bles- sé et humilié , ne se trouve-t-il pas condamné à vivre aveugle , sourd , exposé aux pires des sentiments si sentiment il y a ?..qu’allez-vous donc oser dire de moi ?..cruelle , sadique? et , ce parce que ça vous paraît étrange qu’une mère reçoive une aussi mauvaise nouvelle avec tant de joie , et que son cœur pal- pite de bonheur en apprenant que son fils unique gît dans un état critique ?.. J’avoue que c’est vrai , je suis heureuse…très heureuse . »
Elle ne se rappelle même pas comment elle a quitté sa demeure et quand elle s’est élancée dans les rues sans s’occuper de sa coiffure , entraînant de lourds sabots à travers le long sentier qui serpente entre les arbres géants jusqu’où se dresse le petit marabout dominant la vallée .
Le lieu régorge de lumière nocturne provenant d’une lune en pleine croissance , masquée par un nuage égaré .Le parcours lui paraît interminable : ça ressemble à un rêve , mais un rêve flou , ambigu , quasi obscur .
A un certain moment , elle n’éprouve aucun sentiment tant elle est abasourdie depuis qu’on l’a avertie de l’incident : le jeune homme fut pris d’une hystérie démoniaque suite à une querelle houleuse avec son épouse . Certes , les disputes et les malentendus étaient devenus fréquents ces derniers temps, mais cela finissait toujours par une réconciliation malgré les longues séparations ; et ce grâce aux bons auspices des proches et des voisins . Cependant , au moment où tout individu ne s’empêchait d’expri – mer sa satisfaction , Ouyoune , elle, se sentait malheureuse , misérable , de plus en plus seule . Rien ne lui était aussi amer que cette page qui se tournait ou que ces querelles qui s’oubliaient vite . Nul ne ren dait son âme aussi gaie que les échos lui rapportant les divergences conjugales des deux jeunes maris et la prospective d’un divorce imminent .
« - Maintenant , c’est fini Il est à moi seule . Je le tiens et je le récupère . »…Jadis , elle avertissait sa bru : « Tu m’as arraché mon gars , mais ce ne sera pas pour longtemps . Un jour ou l’autre il me revien dra et te raiera de sa vie que tu as salie .. et , rira mieux celui qui rira le dernier. »
Elle s’engagea alors dans une lutte acharnée ; consultant les voyants , visitant les marabouts , frap- pant aux portes des sorciers, des charlatans qui , tenant compte de sa soif enragée de vengeance, la cou vraient de talismans et l’incitaient à des pratiques étranges voire indécentes .
En ce moment ,son esprit demeure fort occupé ,aussi ne se rend-elle pas compte de l’air sombre et étrange du guérisseur dont les grandes mains ne cessent de tapoter sur ses épaules presque nues en al- lant caresser craintivement sa poitrine essoufflée . Elle soupire en apprenant qu’elle était la première à arriver auprès de l’infirme . Et... à peine s’est- elle installée au chevet du lit , qu’elle se tourne vers
L’homme en Gandoura blanche qui la contemple en silence avec des yeux enfoncés dans leurs arcades
sourcilières , d’où provient une lueur mystérieuse qui la fait tressaillir :[/align]
( A suivre )
Jamais, l’on ne pourra t’oublier,ni te chasser des esprits ,
car …tout simplement , j’aime à la folie ,tes yeux
; charmante fille des grenadiers ,aux seins d’orange !
Alors.. pourquoi nous faire attendre ?
« Ouyoune » racontent les légendes , était une sirène pourchassée de son royaume « Paradis » , au pays de luth , d’ambre et de poésie . Puis , arrivée sur la côte d’encens , de hinné et de marabout , elle fut accueillie avec révérence par les indigènes , éblouis par le charme que lui procuraient la pure
té de sa peau et , surtout la noirceur mystérieuse de ses grands yeux .
Elle était d’un savoir incomparable , un refuge indécevant .. Aussi , tout individu n’avait-il sur les lèvres que le nom d’ « Ouyoune ». Comment ne pas reconnaître que , grâce à elle, les sources jail lirent et mirent fin à des conflits sanglants une fois que les eaux eurent tari ? et qu’à peine se fut-elle installée que les grenadiers fleurirent et que l’on n’eut plus besoin de sacrifier autant de bœufs sur le seuil d’un « Siyid »(saint) ?
Certes , elle était pour quelques uns un porte malheur et que l’on n’hésita point à orner les portes de formes et d’images susceptibles d’éloigner le mauvais œil , craignant qu’une malédiction divine ne s’abatte sur le Bled .Or , son indifférence et son extrême confiance en elle-même firent reculer tous les médisants . Ainsi , lorsque le jour expirait , elle se trouvait soudain seule et se livrait , alors , à ses cha grins ; retenant sa profonde nostalgie pour ceux qu’elle fut contrainte de quitter et chantonnait :
Rapportez , O ; mille et une nuit
La nuée embaumée , car l’amour
Se désaltère de rosée de l’aube .
Combien de temps passa depuis que les astrologues ont prophétisé de l’extinction d’une étoile ? Cela a suffi pour que l’on se paniquât et que l’on s’attendît à l’approche imminente du jour de la résur- rection..Que de gens s’adonnèrent , alors , aux pratiques ferventes et aux longues prières nocturnes .On nomma l’argent « ordure » de ce monde . Dorénavant , tout a changé...même Ouyoune . Elle n’est plus celle que connurent les anciens : parents et ancêtres .Elle n’a plus cette renommée tant convoitée ,ni ce savoir tant envié . On raconte qu’elle parvient à peine à lire , voire même à déchiffrer un certain nom- bre de « Talacims »qu’elle obtient des «Fkihs » dans les différents marabouts . Menant une vie de plus en plus isolée , elle n’est plus cette créature pleine de vivacité et de gaieté ; cet être charmant qui em - brassait la lune , interrogeait les étoiles , se fondait dans la nuit , se levait avec l’aube et souriait au so- leil … Ceux qui ont le privilège ou , plutôt la chance de la croiser sur le chemin menant au cimetière ,
prétendent que son cœur a perdu tout signe de pitié qui , jadis , caractérisait son âme et dont beaucoup de monde profitait . Comment ? Pourquoi ?..Dieu seul le sait . Mais certains disent , d’autres affirment à tort ou à raison qu’Ouyoune fut victime de la calomnie , de la jalousie , de la haine …de l’amour . Eh oui ! Il est de l’amour qui tue et , « quand le bœuf s’écroule , dit le dicton , les lames se multiplient . »
L’eau pure des sources qui descend sinueusement du haut des montagnes en chantonnant , perd de
fierté et de pureté en allant tout bas embrasser les ondes troublées des fleuves ou les vagues salées
des mers…La colombe qu’une balle atteint en plein ciel , choit , tachée d’un pourpre , en se couvrant de poussière du sol , après avoir survolé ivrement les collines…La feuille qui a vécu longtemps hautai- ne, embrassant son chêne tant aimé, se voit contrainte à s’en séparer en se balançant pour aller se sou- mettre au pied de l’arbre , fanée , sèche , mesquine ...et le cœur ?..oui , le cœur orgueilleux , puis bles- sé et humilié , ne se trouve-t-il pas condamné à vivre aveugle , sourd , exposé aux pires des sentiments si sentiment il y a ?..qu’allez-vous donc oser dire de moi ?..cruelle , sadique? et , ce parce que ça vous paraît étrange qu’une mère reçoive une aussi mauvaise nouvelle avec tant de joie , et que son cœur pal- pite de bonheur en apprenant que son fils unique gît dans un état critique ?.. J’avoue que c’est vrai , je suis heureuse…très heureuse . »
Elle ne se rappelle même pas comment elle a quitté sa demeure et quand elle s’est élancée dans les rues sans s’occuper de sa coiffure , entraînant de lourds sabots à travers le long sentier qui serpente entre les arbres géants jusqu’où se dresse le petit marabout dominant la vallée .
Le lieu régorge de lumière nocturne provenant d’une lune en pleine croissance , masquée par un nuage égaré .Le parcours lui paraît interminable : ça ressemble à un rêve , mais un rêve flou , ambigu , quasi obscur .
A un certain moment , elle n’éprouve aucun sentiment tant elle est abasourdie depuis qu’on l’a avertie de l’incident : le jeune homme fut pris d’une hystérie démoniaque suite à une querelle houleuse avec son épouse . Certes , les disputes et les malentendus étaient devenus fréquents ces derniers temps, mais cela finissait toujours par une réconciliation malgré les longues séparations ; et ce grâce aux bons auspices des proches et des voisins . Cependant , au moment où tout individu ne s’empêchait d’expri – mer sa satisfaction , Ouyoune , elle, se sentait malheureuse , misérable , de plus en plus seule . Rien ne lui était aussi amer que cette page qui se tournait ou que ces querelles qui s’oubliaient vite . Nul ne ren dait son âme aussi gaie que les échos lui rapportant les divergences conjugales des deux jeunes maris et la prospective d’un divorce imminent .
« - Maintenant , c’est fini Il est à moi seule . Je le tiens et je le récupère . »…Jadis , elle avertissait sa bru : « Tu m’as arraché mon gars , mais ce ne sera pas pour longtemps . Un jour ou l’autre il me revien dra et te raiera de sa vie que tu as salie .. et , rira mieux celui qui rira le dernier. »
Elle s’engagea alors dans une lutte acharnée ; consultant les voyants , visitant les marabouts , frap- pant aux portes des sorciers, des charlatans qui , tenant compte de sa soif enragée de vengeance, la cou vraient de talismans et l’incitaient à des pratiques étranges voire indécentes .
En ce moment ,son esprit demeure fort occupé ,aussi ne se rend-elle pas compte de l’air sombre et étrange du guérisseur dont les grandes mains ne cessent de tapoter sur ses épaules presque nues en al- lant caresser craintivement sa poitrine essoufflée . Elle soupire en apprenant qu’elle était la première à arriver auprès de l’infirme . Et... à peine s’est- elle installée au chevet du lit , qu’elle se tourne vers
L’homme en Gandoura blanche qui la contemple en silence avec des yeux enfoncés dans leurs arcades
sourcilières , d’où provient une lueur mystérieuse qui la fait tressaillir :[/align]
( A suivre )
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