Gwenola , ou la mélodie de la dernière nuit

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  • رشيد الميموني
    مشرف في ملتقى القصة
    • 14-09-2008
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    Gwenola , ou la mélodie de la dernière nuit

    Gwenola , ou la mélodie de la dernière nuit
    Il n’arrive point à chasser de son esprit la dernière scène vécue pendant cette dernière journée de juillet , chaude et pesante . Il ne parvient même pas à se rappeler comment cela est arrivé , ni quand ça a commencé. Cependant , une petite lueur de souvenir rafraîchit encore sa mémoire bercée par une charmante mélodie qui murmure encore dans ses oreilles ; tandis qu’un parfum exotique emplit ses narines…Un mélange d’odeurs de fruits jaillit d’un tas de cheveux tout noirs . Puis tout disparaît quelques instants avant que la mélodie reprenne , plus douce encore .. et cette plainte.. et ce murmure qui l’engourdit avec tant de volupté :« Pangloss…Ô mon Pangloss.. cultive moi.. Sillonne mon corps de ton soc . Il ne sera que fertile . »
    Il était penché , ce matin-là , sur un tapis , contemplant ses images de mille et une nuits ; lorsqu’elle surgit , là , sur le seuil du « Bazar » qui regorgeait de tant de produits artisanaux . Leurs regards se croisèrent un instant qui fut suffisant pour secouer son corps d’un léger frisson .
    « - Bonjour.. Vous désirez ?
    Elle ne répondit pas . Elle regardait attentivement le tapis , ou plutôt , une partie du tapis.. là , où son doigt caressait inconsciemment les sourcils , le nez , puis les lèvres d’une jeune fille qui cédait aux baisers de son amant .
    - Il vous plaît ?- demanda-t-il non sans rougir – vous avez un bon goût ; et puis ,ce n’est pas cher..
    - Vraiment ? – dit-elle en souriant mystérieusement – c’est ce qu’on nous dit toujours ; mais…
    - Vous allez voir.. tenez , regardez , il vient de « Chiraz ».
    -Ah , bon ?
    Il ne put résister à la pression de ses beaux yeux , tant ils scintillaient de force et de mystère , mais il parvint à balbutier :
    - Vous êtes française , je crois .
    - Oui…
    - Ah , les français ont la réputation du bon goût .. vous êtes de Paris ?
    - Non , de Rennes .
    - Ah.. la Bretagne ! .
    - Il paraît que vous connaissez bien la France . dit –elle en souriant .
    - Tout entière ! Je suis passionné de géographie.. vous avez là un beau pays .. Alors vous prenez ce tapis ?
    La conversation se poursuivit et prit d’autres thèmes .. et , soudain , il se trouva seul , sans tapis . La jeune dame avait disparu . Et depuis , il ne fit rien ; il ne vit ni n’entendit rien . Cependant , à quelques pas de lui , son copain le regardait en silence , puis , soupirant , il s’approcha de lui :
    - Eh , Roméo ! coup de foudre ?
    Mais il n’y fit aucune attention , et murmura tout bas :« Rennes..Rennes ..La Bretagne !..Les brumes.. les côtes .. Les falaises.. ! » ; avant de fredonner :
    Comme une mouette sur la mer
    S’envole , glisse et puis se perd
    A l’horizon encore fragile
    D’un quelconque avant-hier .*


    Le copain ricana , et avant de partir , il tapota sur les épaules du rêveur en disant :
    - Tu n’as qu’à en réjouir , la voilà ; la clé de ton paradis tant recherchée . Mais laisse moi te dire que tu n’étais pas poli avec elle .. tu n’as même pas répondu à son salut .. Allez.. à ce soir .
    Qu’importe ! Il était sûr qu’elle reviendrait le lendemain .. pourquoi ? .. il ne sait pas.. il fallait qu’elle revînt ..c’est tout .
    Et le lendemain , elle revint . Il l’attendit ,et elle est venue ; toujours vive ; toujours fraîche ,voire même plus . Elle se tenait sur le seuil , souriante . Lui , se mit debout , tendit la main et grogna :
    - Merci d’être retournée .. J’ai voulu .. oui.. à propos de..
    - Et moi , j’ai voulu vous remercier pour votre cadeau ; c’est vraiment un tapis sans pareil .. même si .. je vous en veux un peu du moment que vous avez refusé d’être payé ..
    - Vous en voulez à quelqu’un qui vous… qui cherche votre amitié ?
    - Ah , là.. vous avez vaincu ..et j’accepte volontiers la vôtre .
    Cela dit , elle tendit vers lui une main toute blanche ; il sentit sa fraîcheur et ne put frissonner de nouveau :
    - Vous restez pour longtemps ?
    - Non , dit-elle en riant , j’en ai seulement pour quelques jours !
    -Dommage ! –murmura-t-il
    - Oui.. ?
    - Dommage de perdre des clients tant sympathiques . comme vous !
    Ce qui se passa après , il l’ignore . Seul un énorme effort est susceptible de lui faire rappeler la suite.. Pourtant ,le soir même, ils se retrouvèrent , tous les deux dans sa petite pièce donnant sur le port . Il est passé , l’après midi devant l’hôtel « Mirage ».. Est-ce qu’elle l’a accompagné sur le champ ?..Ont-ils fixé rendez-vous ?..ce fut une vaine tentation de s’en souvenir .
    Il se tenait là , près de la lucarne d’où il avait l’habitude de contempler le port , les barques de pêche , les marins ..l’horizon ..le nord ..Et soudain ,un parfum étrange mais savoureux emplit la pièce . Il n’y eut plus de lumière ni de bruit .. tout disparut en un instant . Seule , une mélodie persistait , avec, toujours ce parfum exotique :
    Ne dis rien .. embrasse moi comme tu voudras
    Ne dis rien .. l’amour est au dessus de moi .*
    Lui , se laissa assoupir par les caresses , noyer dans le parfum , engloutir dans la mélodie...muet , étourdi.. mais peu à peu , envahi par les délicieuses caresses , il se mit , à son tour , à murmurer dans une sorte de délire:
    « - Laisse moi me noyer dans les dunes de ton corps…Enterre moi dans ses sillons.. Aide moi à glisser tout au long de ses collines embaumées .. Je ne veux pas me réveiller . Prenez moi loin… très loin , dans la nuit
    de tes yeux , couvre moi de tes cheveux parfumés de gitane...Laisse moi découvrir les prairies de ton corps…dévoile moi ses labyrinthes et ses secrets…Ne m’empêche pas d’y mourir en savourant ses fruits.. »
    Elle ,de sa part ne cessa de haleter , de ronronner ,de ronfler , voire de râler au rythme de son délire :
    « - Pangloss mon Pangloss .. mon paradis est à toi.. entres y ! ..mes collines ..mes dunes sont les tiennes…rien



    ni personne ne t’empêche de cultiver… cultive…oh mon Pangloss !"
    Et quand le silence régna , elle reprit , d’une voix assoupie , sa mélodie :
    Comme un enfant aux yeux de lumière
    Qui voit passer , au loin les oiseaux
    Comme l’oiseau bleu , survolant la terre ..
    Etait-ce un rêve ? .. Pourvu qu’il durât . Cependant , il est des moment où l’on ne sait comment ni quand les choses arrivaient ..Il rejoignit son poste habituel dans le « Bazar » , laissant son copain aborder quelques touristes émerveillés par un tas de produits splendides . Puis , les affaires conclues , il vint le contempler d’un air moquant , mais non sans inquiétude :
    - Eh ! toi.. tu ne me plais pas ces jours-ci…qu’as-tu donc ?
    Un soupir profond fut la seule réponse ;mais après un moment de silence il dit sans le regarder dans les yeux :
    - Je ne sais pas… je crois que je vais devenir fou .
    - Moi , je crois que tu l’es déjà.. dis moi , qu’est-ce qui t’arrive ? ..elle t’a délaissé ?.. elle ne t’aime pas ?
    - Au contraire..
    - Alors , où est le problème ?.. est-elle engagée ? mariée ? fiancée ?
    - Non , Je suis son « Pangloss » -dit-il en soupirant – voilà tout .
    - Eh bien , je ne vois point ce qui pourrait vous séparer l’un de l’autre… mais que veut dire.. Pangloss ?
    - C’est long à expliquer .. mais je peux te dire que c’est le genre de femme qui .. n’est pas comme les autres .
    - Ca veut dire ?
    - Ca veut dire que c’est le type de femme qui aime .. et lorsqu’elle aime , c’est difficile de s’en débarrasser .
    L’autre le dévisagea un instant avant de répliquer ironiquement :
    - Et pourquoi s’en débarrasser donc ?.. n’est-ce pas le paradis dont tu rêvais ?
    - Si.. mais … tu ne comprendras pas ..c’est compliqué ..
    - Je ne suis pas tant idiot.. explique moi .
    Il se tut .L’autre n’insista pas , mais continua à le dévisager :
    - Ce n’est pas le paradis dont je rêvais.. mon paradis c’est ailleurs .. et tu le sais bien .
    - Nous avons ,nous aussi notre paradis ici… mais qu’est-ce qui t’empêche alors d’ aller là-bas avec elle ?
    - Mais ,ouvre tes yeux.. tu ne vois pas que ce n’est pas aussi facile que tu le crois ..- puis d’un ton amer – tandis que le nôtre leur est ouvert à n’importe quel moment .
    - Bon , laisse moi deviner tes pensées.. tu veux aller là bas ,et c’est difficile , voire même impossible . Alors grâce à elle ,tu... mais ,c’est pas vrai ! je ne te savais pas aussi lâche !
    - Je ne te permets pas…
    - Qu’importe ? .. mais laisse moi te dire une chose.. je te connais.. tu es comme un frère pour moi .. cela ne va t’emmener à rien . tu cherchais du bonheur et il est venu jusqu’à toi .. tu cherches autre chose ,cela s’appelle de la lâcheté , du jeu au feu .. tu aurais dû , dès le début , lui faire part de tes sales intentions .
    - Comme tu dramatises les choses !



    - Fais ce qui te plaira ,mais souviens toi de ce que je t’ai dit.. je ne cherche qu’à te protéger .
    Il le croyait . Il le savait sincère ; mais ne put tolérer ,chaque jour , ses regards pleins de reproches . Aussi , le dernier jour arrivé , se rendit-il tôt au « Bazar », prit un rouleau , en sortit quelques papiers , puis se mit à faire des comptes , ranger d’autres papiers ; puis , l’air satisfait , il remit tout en ordre et attendit tranquillement .
    Le copain fut surpris de le voir là , pensif , un sourire mystérieux sur les lèvres et une sacoche en bandoulière.
    - Je pars – dit-il – après avoir répondu à son salut .
    - Comment ?... mais où ?
    - Je vais là-bas .
    - Et tu reviens quand ?
    - Je ne sais pas…peut être , ne reviendrai-je jamais .
    - Mais tu es fou ?
    - Non.. je vivrai ma vie .
    - Tu pars avec elle ?
    - Oui… peut être .. écoute .. j’ai pris ma part , je t’ai tout laissé .. il est à toi… embrasse moi frère !
    - Oh , mon dieu !
    Ce fut tout . Les larmes les empêchèrent de parler ; et sans se laisser entraîner par les émotions , il partit à grands pas , laissant le copain au seuil du « Bazar » , ébahi , claquant une main dans l’autre , se rendant compte pour la première fois du temps gris et lourd qui pesait sur la ville . Une fine pluie arrosait les visages et dissimulait le va-et-vient des silhouettes pressées dans la ruelle .
    Il disparut dans ce brouillard humide et s’engagea dans une autre ruelle boueuse ; où un tas de petits polissons se battaient à grands coups de boules de gadoue . Ils l’entourèrent en tendant des mains noircies…
    mais cette fois , il ne les chassa pas à coups de pied , d’autant plus que son esprit était ailleurs ; ou bien peut être , son espoir de revoir Gwenola , de partir avec elle , emplissait-il son âme de tendresse, voire d’amour vis-à-vis ces petits galopins . Il leur sourit même , en tapant sur les épaules de l’un d’eux .
    التعديل الأخير تم بواسطة رشيد الميموني; الساعة 19-12-2008, 21:33.
  • رشيد الميموني
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    #2
    Gwenola , ou la mélodie dela dernière nuit
    ( Suite)

    Gwenola , la bretonne , l’attendait ; plus charmante que jamais , toujours fraîche , toujours délicieuse, toujours embaumée . Il oublia sur le champ ce qui le perturbait une fois l’esprit net , l’âme apaisée , le cœur léger , la décision prise . Il n’a maintenant qu’à passer à l’action , sinon , tout est perdu . Lui , il le savait bien...Il comprit dès la première rencontre de quel genre des femmes elle était . Son attachement , son
    ardeur , son amour acharné et brûlant lui faisaient peur et depuis , il ne cessait de réfléchir à cette situation qu’il trouva délicate ; lui qui rêvait des ailes pour partir loin.. très loin , libre , sillonnant le monde , aimant à
    son aise , et à la légère , sans contrainte ni engagement de sa part . Et voilà que l’occasion se présenta.. mais
    une occasion vulnérable et pleine de doute .
    - Tu as l’air distrait – dit-elle en tendant ses lèvres vers les siennes –.. tu es malade ?
    - Non.. c’est la fatigue …
    Est-ce le moment de mettre les points sur les « i » ? ..



    - Tu sais que je viens de quitter mon copain ?…on a fait les comptes et on est quittes maintenant .
    - Ah oui ? – demanda-t-elle en le regardant d’un air soucieux – et pourquoi donc ?
    - Tu ne le sais pas .. ou bien tu feins de…
    - Sincèrement , je ne sais rien.. mais dis moi.. que feras-tu alors ?
    - Je pars avec toi… voilà tout !
    Elle rit aux éclats devant son air troublé , puis entoura son cou de ses bras nus et dit en lui chuchotant dans les oreilles :
    - Et qui t’a dit que je partais ?
    - Mais – balbutia-t-il , c'est toi qui... !
    - Oui..c’est vrai,mais qui pourra partir et abandonner son amour ?j’ai décidé de rester ..on vivra ensemble.. rien ni personne ne nous séparera …qu’en dis-tu mon bien aimé ?
    Le coup fut si fatal qu’il faillit s’effondrer . Les yeux exorbités , il vit son paradis se refermer à jamais.
    Gwenola attendit un moment sa réaction avant de lui demander , insoucieuse :
    - Alors.. qu’en penses-tu ?... Une bonne surprise , n’est-ce pas ?
    Aucune réponse . Il essayait avec d’énormes efforts de se montrer calme et de ne pas faire paraître sur son visage pâle les émotions ardentes dont son cœur fut l’objet :
    - Tu n’as rien dit .. qu’as-tu donc ?
    - Oh ! rien ,c’est fantastique tout cela… je… je n’arrive pas à en croire mes oreilles .
    - N’est-ce pas ? . moi aussi je savais que ça te réjouirait ; on vivra heureux , on aura des petits qui empliraient notre foyer de leur rire , de leurs plaintes et de leur turbulence…
    Gwenola parlait , parlait , tandis que lui naviguait dans ses pensées tant sombres et tant agitées . Il ne fit même pas attention à sa voix chantonnant l’invitant à se mettre à table . Elle demeurait gaie malgré l’air sombre et les sourcils froncés de son compagnon . Elle le croyait ému , autant pour avoir quitté son copain que d’avoir reçu une telle surprise . Elle ne cessait de le caresser , d’entourer son cou de ses bras , de lui tendre des grains de raisins …
    On passa l’après midi au bord de la mer . Elle , toujours souriante , toujours causante ; lui , taciturne , sombre , comme s’il souffrait d’un fardeau duquel il ne pouvait se débarrasser . « Pourquoi le destin ne me sourit jamais ? Ai-je commis quelque chose qui puisse transformer ma vie en tel enfer ? .. »
    Un instant , il ne tint plus . IL la laissa seule sur la terrasse du café , et alla rejoindre un groupe de marins qui , à les voir l’accueillir chaleureusement , on eut l’impression qu’ils l’attendaient . Ils gesticulaient , criaient , et , de temps en temps , se retournaient vers elle . Elle rougit . Fut-elle l’objet de leur conversation ?
    Enfin , il revint , souriant cette fois , l’air enthousiaste .
    - Il paraît que tu as trouvé de vieilles connaissances ?
    - Tu peux le dire...oui .
    Elle le regarda , toute rose d’émotion et dit :
    - On sera heureux , n’est-ce pas ?.. Je veux que tu sois heureux .



    - Oui.. tout à fait heureux .
    - Seulement… je ne sais pas.. il me paraît quelque fois que tu es loin de moi… tu ne me parles jamais te toi
    - Je n’ai rien à te cacher.. tu me connais bien …
    - Oui , c’est vrai – dit-elle d’un ton qui lui parut triste – mais il me semble que ton âme toute proche me fût-elle lors des premiers jours de nos rencontres , et toute claire soit-elle , je n’arrive point à te comprendre maintenant . je n’y vois , à présent que mystère et brouillard .. Je me demande parfois..
    - Chérie !ne te laisse pas entraîner par des illusions ;elles ne feront que gâcher ta vie..je veux dire..notre vie .
    - On s’en va ? j’ai froid .
    Ils retournèrent chez eux ; ou plutôt chez lui , car elle ne sentait plus cette délice en traversant les ruelles boueuses pleines de polissons qu’elle aimait dorénavant .Un climat étrange régnait ,en cette soirée de juillet. Gwenola voulait paraître vive ,comme d’habitude , pleine d’ardeur et de joie ; essayant en vain de chasser cet air de doute et de mélancolie ; tandis que lui , il tentait de l’imiter .
    Après le dîner , ils passèrent à la lucarne . Il la sentait se coller contre lui . Il entoura ses hanches de ses bras et embrassa son cou . L’air était frais ; alors ils rejoignirent le lit . Elle éteignit la lumière et s’étendit près de lui .
    - Tu te souviens de notre première nuit ?- demanda-elle à voix basse .
    - Oui.. – répondit- il en soupirant- La première .. comme la dernière .
    - Comment.. la dernière ?
    - Je veux dire celle qui aurait pu être la dernière .
    Le temps passa . Les étoiles s’éteignirent l’une après l’autre ..La partie Est du ciel se couvrit de nuages lancés à grande vitesse . Bientôt , le jour succéderait à la nuit…Une nuit témoin de tant d’étreintes ; de tant de plaintes , avec cette nouvelle mélodie qui s’éleva , triste cette fois :
    Ne me quitte pas
    Laisse moi devenir
    L’ombre de ton corps
    L’ombre de ton chien *
    Cependant , cette nuit qu’elle voulait fêter , et qu’elle voulait pareille à la première , ne fut qu’une série de déceptions ; car , en dépit des étreintes , des plaintes , des baisers , elle ne sentait contre son corps brûlant de désir qu’un cadavre machinal , froid , presque immobile .. Ni les cheveux , ni la peau , tout embaumés qu’il fussent , n’arrivèrent à le distraire , à l’arracher de sa mélancolie…Elle eut beau le contenir , le submerger de ses souffles enflammés , Gwenola le sentait ailleurs ,tout entier , loin d’elle ,corps et âme . Son paradis à elle, n’est à présent qu’un vaste terrain sec , plein d’épines , flou , dépourvu de toute verdure.
    Elle se demandait dans le calme et dans l’obscurité ce qui était arrivé ,et comment elle n’arrivait même pas à
    comprendre cette âme qu’elle croyait ouverte à elle .
    Et lorsque , réveillée en pleine matinée , elle se trouva seule dans le lit bouleversé , paraît-il , par tant d’accolades et d’étreintes , elle s’assit , rêveuse , les larmes aux yeux . Elle ne cherchait plus à comprendre ce qui allait se passer . Tout était fini ..elle le savait bien .



    De la lucarne , elle contempla le petit port et une partie de la plage dont le bout disparaissait dans les brumes . Le vent de l'est bourdonnait , menaçant ,accompagné d'un grondement incessant des vagues . Elle resta longtemps ainsi , puis se mit à chantonner :
    Nous étions deux amis , et fanette m'aimait .
    La plage était déserte ,et dormait sous juillet *
    Le jour passa sans que Gwenola quitte la petite pièce donnant sur le port ; puis deux jours , puis trois . Une semaine s'écoula ainsi . Maintenant il fallait partir , quitter ce lieu triste voire même ce pays où elle rêvait vivre heureuse , cette pièce dont elle voulait faire un paradis .
    Elle emballa sa valise , jeta un dernier coup d'oeil sur le lit , sur la lucarne , puis sortit . Le vent de l'est fouetta son visage d'une rafale de pluie fine provenant de la mer agitée . Elle s'en alla à la hate , évitant les petits qui l'avaient reconnue ,et l'avaient suivie jusqu'à l'avenue .
    Le " Bazar " était là . Les objets la contemplèrent en silence . Ce ne fut pas comme l'autre fois où il lui semblait qu'ils dansaient au rythme de son coeur palpitant de joie ,d'espoir ,d'amour...Se moquaient-ils , à présent de son revers ? Le copain était , lui aussi , là-bas , à la dévisager . Elle le regardait . leurs yeux se disaient des choses et des choses . Leurs esprits n'avaient que l'image de l'autre . Dut-elle s'instuire auprès de cet ami à l'air honnête et sincère ? Mais à quoi bon tout cela servait-il ? Quel secret voulait-elle dévoiler ? n'a-t-elle pas assez souffert pour apprendre des choses encore plus terribles que cette fin triste ?
    Elle ne put s'empêcher d'adresser un léger salut au jeune homme qui , à son tour , inclina la tête en souriant légèrement . " A dieu jeune homme honnête ! A dieu témoin fidèle de mon amour brisé , de mon paradis mitage , de mes secrets , de mes souvenirs ..!.. mon Pangloss n'a pas pu cultiver ..je ne sais pas pourquoi.. je le regrette .. Je le savais bien.. j’étais tout simplement un simple Candide ."
    L'avion survola le détroit qu'elle regardait par le hublot . La voix grave du speaker s'éleva , monotone :
    -" Ils étaient treize à s'embarquer à bord d'un chalutier , vers l'île de...lorsque le vent , très puissant les fit chavirer .. Il y aurait un seul rescapé ; les autres , morts ou porté disparus ... Maintenant , mes dames et Messieurs ! place à la musique..."
    Le détroit , en bas , mijote de colère et de furie , ouvre une gueule de monstre . Il lui lançait des regards menaçants . Elle ferma les yeux , essaya de chasser toute scène horrible qui hantait son esprit ; puis , soupirant , elle se laissa bercer par des rêves qu’elle trouva consolants pour son cœur blessé .. Un remède pour son âme déprimée .. La Bretagne est là.. l’attendant avec ses humides brumes , ses muettes falaises , son vaste océan …
    Il parle de la mort
    Comme tu parles d’un fruit
    Il regarde la mer
    Comme tu regardes un puits *


    * Extraits des chansons françaises

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