Gwenola , ou la mélodie de la dernière nuit
Il n’arrive point à chasser de son esprit la dernière scène vécue pendant cette dernière journée de juillet , chaude et pesante . Il ne parvient même pas à se rappeler comment cela est arrivé , ni quand ça a commencé. Cependant , une petite lueur de souvenir rafraîchit encore sa mémoire bercée par une charmante mélodie qui murmure encore dans ses oreilles ; tandis qu’un parfum exotique emplit ses narines…Un mélange d’odeurs de fruits jaillit d’un tas de cheveux tout noirs . Puis tout disparaît quelques instants avant que la mélodie reprenne , plus douce encore .. et cette plainte.. et ce murmure qui l’engourdit avec tant de volupté :« Pangloss…Ô mon Pangloss.. cultive moi.. Sillonne mon corps de ton soc . Il ne sera que fertile . »
Il était penché , ce matin-là , sur un tapis , contemplant ses images de mille et une nuits ; lorsqu’elle surgit , là , sur le seuil du « Bazar » qui regorgeait de tant de produits artisanaux . Leurs regards se croisèrent un instant qui fut suffisant pour secouer son corps d’un léger frisson .
« - Bonjour.. Vous désirez ?
Elle ne répondit pas . Elle regardait attentivement le tapis , ou plutôt , une partie du tapis.. là , où son doigt caressait inconsciemment les sourcils , le nez , puis les lèvres d’une jeune fille qui cédait aux baisers de son amant .
- Il vous plaît ?- demanda-t-il non sans rougir – vous avez un bon goût ; et puis ,ce n’est pas cher..
- Vraiment ? – dit-elle en souriant mystérieusement – c’est ce qu’on nous dit toujours ; mais…
- Vous allez voir.. tenez , regardez , il vient de « Chiraz ».
-Ah , bon ?
Il ne put résister à la pression de ses beaux yeux , tant ils scintillaient de force et de mystère , mais il parvint à balbutier :
- Vous êtes française , je crois .
- Oui…
- Ah , les français ont la réputation du bon goût .. vous êtes de Paris ?
- Non , de Rennes .
- Ah.. la Bretagne ! .
- Il paraît que vous connaissez bien la France . dit –elle en souriant .
- Tout entière ! Je suis passionné de géographie.. vous avez là un beau pays .. Alors vous prenez ce tapis ?
La conversation se poursuivit et prit d’autres thèmes .. et , soudain , il se trouva seul , sans tapis . La jeune dame avait disparu . Et depuis , il ne fit rien ; il ne vit ni n’entendit rien . Cependant , à quelques pas de lui , son copain le regardait en silence , puis , soupirant , il s’approcha de lui :
- Eh , Roméo ! coup de foudre ?
Mais il n’y fit aucune attention , et murmura tout bas :« Rennes..Rennes ..La Bretagne !..Les brumes.. les côtes .. Les falaises.. ! » ; avant de fredonner :
Comme une mouette sur la mer
S’envole , glisse et puis se perd
A l’horizon encore fragile
D’un quelconque avant-hier .*
Le copain ricana , et avant de partir , il tapota sur les épaules du rêveur en disant :
- Tu n’as qu’à en réjouir , la voilà ; la clé de ton paradis tant recherchée . Mais laisse moi te dire que tu n’étais pas poli avec elle .. tu n’as même pas répondu à son salut .. Allez.. à ce soir .
Qu’importe ! Il était sûr qu’elle reviendrait le lendemain .. pourquoi ? .. il ne sait pas.. il fallait qu’elle revînt ..c’est tout .
Et le lendemain , elle revint . Il l’attendit ,et elle est venue ; toujours vive ; toujours fraîche ,voire même plus . Elle se tenait sur le seuil , souriante . Lui , se mit debout , tendit la main et grogna :
- Merci d’être retournée .. J’ai voulu .. oui.. à propos de..
- Et moi , j’ai voulu vous remercier pour votre cadeau ; c’est vraiment un tapis sans pareil .. même si .. je vous en veux un peu du moment que vous avez refusé d’être payé ..
- Vous en voulez à quelqu’un qui vous… qui cherche votre amitié ?
- Ah , là.. vous avez vaincu ..et j’accepte volontiers la vôtre .
Cela dit , elle tendit vers lui une main toute blanche ; il sentit sa fraîcheur et ne put frissonner de nouveau :
- Vous restez pour longtemps ?
- Non , dit-elle en riant , j’en ai seulement pour quelques jours !
-Dommage ! –murmura-t-il
- Oui.. ?
- Dommage de perdre des clients tant sympathiques . comme vous !
Ce qui se passa après , il l’ignore . Seul un énorme effort est susceptible de lui faire rappeler la suite.. Pourtant ,le soir même, ils se retrouvèrent , tous les deux dans sa petite pièce donnant sur le port . Il est passé , l’après midi devant l’hôtel « Mirage ».. Est-ce qu’elle l’a accompagné sur le champ ?..Ont-ils fixé rendez-vous ?..ce fut une vaine tentation de s’en souvenir .
Il se tenait là , près de la lucarne d’où il avait l’habitude de contempler le port , les barques de pêche , les marins ..l’horizon ..le nord ..Et soudain ,un parfum étrange mais savoureux emplit la pièce . Il n’y eut plus de lumière ni de bruit .. tout disparut en un instant . Seule , une mélodie persistait , avec, toujours ce parfum exotique :
Ne dis rien .. embrasse moi comme tu voudras
Ne dis rien .. l’amour est au dessus de moi .*
Lui , se laissa assoupir par les caresses , noyer dans le parfum , engloutir dans la mélodie...muet , étourdi.. mais peu à peu , envahi par les délicieuses caresses , il se mit , à son tour , à murmurer dans une sorte de délire:
« - Laisse moi me noyer dans les dunes de ton corps…Enterre moi dans ses sillons.. Aide moi à glisser tout au long de ses collines embaumées .. Je ne veux pas me réveiller . Prenez moi loin… très loin , dans la nuit
de tes yeux , couvre moi de tes cheveux parfumés de gitane...Laisse moi découvrir les prairies de ton corps…dévoile moi ses labyrinthes et ses secrets…Ne m’empêche pas d’y mourir en savourant ses fruits.. »
Elle ,de sa part ne cessa de haleter , de ronronner ,de ronfler , voire de râler au rythme de son délire :
« - Pangloss mon Pangloss .. mon paradis est à toi.. entres y ! ..mes collines ..mes dunes sont les tiennes…rien
ni personne ne t’empêche de cultiver… cultive…oh mon Pangloss !"
Et quand le silence régna , elle reprit , d’une voix assoupie , sa mélodie :
Comme un enfant aux yeux de lumière
Qui voit passer , au loin les oiseaux
Comme l’oiseau bleu , survolant la terre ..
Etait-ce un rêve ? .. Pourvu qu’il durât . Cependant , il est des moment où l’on ne sait comment ni quand les choses arrivaient ..Il rejoignit son poste habituel dans le « Bazar » , laissant son copain aborder quelques touristes émerveillés par un tas de produits splendides . Puis , les affaires conclues , il vint le contempler d’un air moquant , mais non sans inquiétude :
- Eh ! toi.. tu ne me plais pas ces jours-ci…qu’as-tu donc ?
Un soupir profond fut la seule réponse ;mais après un moment de silence il dit sans le regarder dans les yeux :
- Je ne sais pas… je crois que je vais devenir fou .
- Moi , je crois que tu l’es déjà.. dis moi , qu’est-ce qui t’arrive ? ..elle t’a délaissé ?.. elle ne t’aime pas ?
- Au contraire..
- Alors , où est le problème ?.. est-elle engagée ? mariée ? fiancée ?
- Non , Je suis son « Pangloss » -dit-il en soupirant – voilà tout .
- Eh bien , je ne vois point ce qui pourrait vous séparer l’un de l’autre… mais que veut dire.. Pangloss ?
- C’est long à expliquer .. mais je peux te dire que c’est le genre de femme qui .. n’est pas comme les autres .
- Ca veut dire ?
- Ca veut dire que c’est le type de femme qui aime .. et lorsqu’elle aime , c’est difficile de s’en débarrasser .
L’autre le dévisagea un instant avant de répliquer ironiquement :
- Et pourquoi s’en débarrasser donc ?.. n’est-ce pas le paradis dont tu rêvais ?
- Si.. mais … tu ne comprendras pas ..c’est compliqué ..
- Je ne suis pas tant idiot.. explique moi .
Il se tut .L’autre n’insista pas , mais continua à le dévisager :
- Ce n’est pas le paradis dont je rêvais.. mon paradis c’est ailleurs .. et tu le sais bien .
- Nous avons ,nous aussi notre paradis ici… mais qu’est-ce qui t’empêche alors d’ aller là-bas avec elle ?
- Mais ,ouvre tes yeux.. tu ne vois pas que ce n’est pas aussi facile que tu le crois ..- puis d’un ton amer – tandis que le nôtre leur est ouvert à n’importe quel moment .
- Bon , laisse moi deviner tes pensées.. tu veux aller là bas ,et c’est difficile , voire même impossible . Alors grâce à elle ,tu... mais ,c’est pas vrai ! je ne te savais pas aussi lâche !
- Je ne te permets pas…
- Qu’importe ? .. mais laisse moi te dire une chose.. je te connais.. tu es comme un frère pour moi .. cela ne va t’emmener à rien . tu cherchais du bonheur et il est venu jusqu’à toi .. tu cherches autre chose ,cela s’appelle de la lâcheté , du jeu au feu .. tu aurais dû , dès le début , lui faire part de tes sales intentions .
- Comme tu dramatises les choses !
- Fais ce qui te plaira ,mais souviens toi de ce que je t’ai dit.. je ne cherche qu’à te protéger .
Il le croyait . Il le savait sincère ; mais ne put tolérer ,chaque jour , ses regards pleins de reproches . Aussi , le dernier jour arrivé , se rendit-il tôt au « Bazar », prit un rouleau , en sortit quelques papiers , puis se mit à faire des comptes , ranger d’autres papiers ; puis , l’air satisfait , il remit tout en ordre et attendit tranquillement .
Le copain fut surpris de le voir là , pensif , un sourire mystérieux sur les lèvres et une sacoche en bandoulière.
- Je pars – dit-il – après avoir répondu à son salut .
- Comment ?... mais où ?
- Je vais là-bas .
- Et tu reviens quand ?
- Je ne sais pas…peut être , ne reviendrai-je jamais .
- Mais tu es fou ?
- Non.. je vivrai ma vie .
- Tu pars avec elle ?
- Oui… peut être .. écoute .. j’ai pris ma part , je t’ai tout laissé .. il est à toi… embrasse moi frère !
- Oh , mon dieu !
Ce fut tout . Les larmes les empêchèrent de parler ; et sans se laisser entraîner par les émotions , il partit à grands pas , laissant le copain au seuil du « Bazar » , ébahi , claquant une main dans l’autre , se rendant compte pour la première fois du temps gris et lourd qui pesait sur la ville . Une fine pluie arrosait les visages et dissimulait le va-et-vient des silhouettes pressées dans la ruelle .
Il disparut dans ce brouillard humide et s’engagea dans une autre ruelle boueuse ; où un tas de petits polissons se battaient à grands coups de boules de gadoue . Ils l’entourèrent en tendant des mains noircies…
mais cette fois , il ne les chassa pas à coups de pied , d’autant plus que son esprit était ailleurs ; ou bien peut être , son espoir de revoir Gwenola , de partir avec elle , emplissait-il son âme de tendresse, voire d’amour vis-à-vis ces petits galopins . Il leur sourit même , en tapant sur les épaules de l’un d’eux .
Il n’arrive point à chasser de son esprit la dernière scène vécue pendant cette dernière journée de juillet , chaude et pesante . Il ne parvient même pas à se rappeler comment cela est arrivé , ni quand ça a commencé. Cependant , une petite lueur de souvenir rafraîchit encore sa mémoire bercée par une charmante mélodie qui murmure encore dans ses oreilles ; tandis qu’un parfum exotique emplit ses narines…Un mélange d’odeurs de fruits jaillit d’un tas de cheveux tout noirs . Puis tout disparaît quelques instants avant que la mélodie reprenne , plus douce encore .. et cette plainte.. et ce murmure qui l’engourdit avec tant de volupté :« Pangloss…Ô mon Pangloss.. cultive moi.. Sillonne mon corps de ton soc . Il ne sera que fertile . »
Il était penché , ce matin-là , sur un tapis , contemplant ses images de mille et une nuits ; lorsqu’elle surgit , là , sur le seuil du « Bazar » qui regorgeait de tant de produits artisanaux . Leurs regards se croisèrent un instant qui fut suffisant pour secouer son corps d’un léger frisson .
« - Bonjour.. Vous désirez ?
Elle ne répondit pas . Elle regardait attentivement le tapis , ou plutôt , une partie du tapis.. là , où son doigt caressait inconsciemment les sourcils , le nez , puis les lèvres d’une jeune fille qui cédait aux baisers de son amant .
- Il vous plaît ?- demanda-t-il non sans rougir – vous avez un bon goût ; et puis ,ce n’est pas cher..
- Vraiment ? – dit-elle en souriant mystérieusement – c’est ce qu’on nous dit toujours ; mais…
- Vous allez voir.. tenez , regardez , il vient de « Chiraz ».
-Ah , bon ?
Il ne put résister à la pression de ses beaux yeux , tant ils scintillaient de force et de mystère , mais il parvint à balbutier :
- Vous êtes française , je crois .
- Oui…
- Ah , les français ont la réputation du bon goût .. vous êtes de Paris ?
- Non , de Rennes .
- Ah.. la Bretagne ! .
- Il paraît que vous connaissez bien la France . dit –elle en souriant .
- Tout entière ! Je suis passionné de géographie.. vous avez là un beau pays .. Alors vous prenez ce tapis ?
La conversation se poursuivit et prit d’autres thèmes .. et , soudain , il se trouva seul , sans tapis . La jeune dame avait disparu . Et depuis , il ne fit rien ; il ne vit ni n’entendit rien . Cependant , à quelques pas de lui , son copain le regardait en silence , puis , soupirant , il s’approcha de lui :
- Eh , Roméo ! coup de foudre ?
Mais il n’y fit aucune attention , et murmura tout bas :« Rennes..Rennes ..La Bretagne !..Les brumes.. les côtes .. Les falaises.. ! » ; avant de fredonner :
Comme une mouette sur la mer
S’envole , glisse et puis se perd
A l’horizon encore fragile
D’un quelconque avant-hier .*
Le copain ricana , et avant de partir , il tapota sur les épaules du rêveur en disant :
- Tu n’as qu’à en réjouir , la voilà ; la clé de ton paradis tant recherchée . Mais laisse moi te dire que tu n’étais pas poli avec elle .. tu n’as même pas répondu à son salut .. Allez.. à ce soir .
Qu’importe ! Il était sûr qu’elle reviendrait le lendemain .. pourquoi ? .. il ne sait pas.. il fallait qu’elle revînt ..c’est tout .
Et le lendemain , elle revint . Il l’attendit ,et elle est venue ; toujours vive ; toujours fraîche ,voire même plus . Elle se tenait sur le seuil , souriante . Lui , se mit debout , tendit la main et grogna :
- Merci d’être retournée .. J’ai voulu .. oui.. à propos de..
- Et moi , j’ai voulu vous remercier pour votre cadeau ; c’est vraiment un tapis sans pareil .. même si .. je vous en veux un peu du moment que vous avez refusé d’être payé ..
- Vous en voulez à quelqu’un qui vous… qui cherche votre amitié ?
- Ah , là.. vous avez vaincu ..et j’accepte volontiers la vôtre .
Cela dit , elle tendit vers lui une main toute blanche ; il sentit sa fraîcheur et ne put frissonner de nouveau :
- Vous restez pour longtemps ?
- Non , dit-elle en riant , j’en ai seulement pour quelques jours !
-Dommage ! –murmura-t-il
- Oui.. ?
- Dommage de perdre des clients tant sympathiques . comme vous !
Ce qui se passa après , il l’ignore . Seul un énorme effort est susceptible de lui faire rappeler la suite.. Pourtant ,le soir même, ils se retrouvèrent , tous les deux dans sa petite pièce donnant sur le port . Il est passé , l’après midi devant l’hôtel « Mirage ».. Est-ce qu’elle l’a accompagné sur le champ ?..Ont-ils fixé rendez-vous ?..ce fut une vaine tentation de s’en souvenir .
Il se tenait là , près de la lucarne d’où il avait l’habitude de contempler le port , les barques de pêche , les marins ..l’horizon ..le nord ..Et soudain ,un parfum étrange mais savoureux emplit la pièce . Il n’y eut plus de lumière ni de bruit .. tout disparut en un instant . Seule , une mélodie persistait , avec, toujours ce parfum exotique :
Ne dis rien .. embrasse moi comme tu voudras
Ne dis rien .. l’amour est au dessus de moi .*
Lui , se laissa assoupir par les caresses , noyer dans le parfum , engloutir dans la mélodie...muet , étourdi.. mais peu à peu , envahi par les délicieuses caresses , il se mit , à son tour , à murmurer dans une sorte de délire:
« - Laisse moi me noyer dans les dunes de ton corps…Enterre moi dans ses sillons.. Aide moi à glisser tout au long de ses collines embaumées .. Je ne veux pas me réveiller . Prenez moi loin… très loin , dans la nuit
de tes yeux , couvre moi de tes cheveux parfumés de gitane...Laisse moi découvrir les prairies de ton corps…dévoile moi ses labyrinthes et ses secrets…Ne m’empêche pas d’y mourir en savourant ses fruits.. »
Elle ,de sa part ne cessa de haleter , de ronronner ,de ronfler , voire de râler au rythme de son délire :
« - Pangloss mon Pangloss .. mon paradis est à toi.. entres y ! ..mes collines ..mes dunes sont les tiennes…rien
ni personne ne t’empêche de cultiver… cultive…oh mon Pangloss !"
Et quand le silence régna , elle reprit , d’une voix assoupie , sa mélodie :
Comme un enfant aux yeux de lumière
Qui voit passer , au loin les oiseaux
Comme l’oiseau bleu , survolant la terre ..
Etait-ce un rêve ? .. Pourvu qu’il durât . Cependant , il est des moment où l’on ne sait comment ni quand les choses arrivaient ..Il rejoignit son poste habituel dans le « Bazar » , laissant son copain aborder quelques touristes émerveillés par un tas de produits splendides . Puis , les affaires conclues , il vint le contempler d’un air moquant , mais non sans inquiétude :
- Eh ! toi.. tu ne me plais pas ces jours-ci…qu’as-tu donc ?
Un soupir profond fut la seule réponse ;mais après un moment de silence il dit sans le regarder dans les yeux :
- Je ne sais pas… je crois que je vais devenir fou .
- Moi , je crois que tu l’es déjà.. dis moi , qu’est-ce qui t’arrive ? ..elle t’a délaissé ?.. elle ne t’aime pas ?
- Au contraire..
- Alors , où est le problème ?.. est-elle engagée ? mariée ? fiancée ?
- Non , Je suis son « Pangloss » -dit-il en soupirant – voilà tout .
- Eh bien , je ne vois point ce qui pourrait vous séparer l’un de l’autre… mais que veut dire.. Pangloss ?
- C’est long à expliquer .. mais je peux te dire que c’est le genre de femme qui .. n’est pas comme les autres .
- Ca veut dire ?
- Ca veut dire que c’est le type de femme qui aime .. et lorsqu’elle aime , c’est difficile de s’en débarrasser .
L’autre le dévisagea un instant avant de répliquer ironiquement :
- Et pourquoi s’en débarrasser donc ?.. n’est-ce pas le paradis dont tu rêvais ?
- Si.. mais … tu ne comprendras pas ..c’est compliqué ..
- Je ne suis pas tant idiot.. explique moi .
Il se tut .L’autre n’insista pas , mais continua à le dévisager :
- Ce n’est pas le paradis dont je rêvais.. mon paradis c’est ailleurs .. et tu le sais bien .
- Nous avons ,nous aussi notre paradis ici… mais qu’est-ce qui t’empêche alors d’ aller là-bas avec elle ?
- Mais ,ouvre tes yeux.. tu ne vois pas que ce n’est pas aussi facile que tu le crois ..- puis d’un ton amer – tandis que le nôtre leur est ouvert à n’importe quel moment .
- Bon , laisse moi deviner tes pensées.. tu veux aller là bas ,et c’est difficile , voire même impossible . Alors grâce à elle ,tu... mais ,c’est pas vrai ! je ne te savais pas aussi lâche !
- Je ne te permets pas…
- Qu’importe ? .. mais laisse moi te dire une chose.. je te connais.. tu es comme un frère pour moi .. cela ne va t’emmener à rien . tu cherchais du bonheur et il est venu jusqu’à toi .. tu cherches autre chose ,cela s’appelle de la lâcheté , du jeu au feu .. tu aurais dû , dès le début , lui faire part de tes sales intentions .
- Comme tu dramatises les choses !
- Fais ce qui te plaira ,mais souviens toi de ce que je t’ai dit.. je ne cherche qu’à te protéger .
Il le croyait . Il le savait sincère ; mais ne put tolérer ,chaque jour , ses regards pleins de reproches . Aussi , le dernier jour arrivé , se rendit-il tôt au « Bazar », prit un rouleau , en sortit quelques papiers , puis se mit à faire des comptes , ranger d’autres papiers ; puis , l’air satisfait , il remit tout en ordre et attendit tranquillement .
Le copain fut surpris de le voir là , pensif , un sourire mystérieux sur les lèvres et une sacoche en bandoulière.
- Je pars – dit-il – après avoir répondu à son salut .
- Comment ?... mais où ?
- Je vais là-bas .
- Et tu reviens quand ?
- Je ne sais pas…peut être , ne reviendrai-je jamais .
- Mais tu es fou ?
- Non.. je vivrai ma vie .
- Tu pars avec elle ?
- Oui… peut être .. écoute .. j’ai pris ma part , je t’ai tout laissé .. il est à toi… embrasse moi frère !
- Oh , mon dieu !
Ce fut tout . Les larmes les empêchèrent de parler ; et sans se laisser entraîner par les émotions , il partit à grands pas , laissant le copain au seuil du « Bazar » , ébahi , claquant une main dans l’autre , se rendant compte pour la première fois du temps gris et lourd qui pesait sur la ville . Une fine pluie arrosait les visages et dissimulait le va-et-vient des silhouettes pressées dans la ruelle .
Il disparut dans ce brouillard humide et s’engagea dans une autre ruelle boueuse ; où un tas de petits polissons se battaient à grands coups de boules de gadoue . Ils l’entourèrent en tendant des mains noircies…
mais cette fois , il ne les chassa pas à coups de pied , d’autant plus que son esprit était ailleurs ; ou bien peut être , son espoir de revoir Gwenola , de partir avec elle , emplissait-il son âme de tendresse, voire d’amour vis-à-vis ces petits galopins . Il leur sourit même , en tapant sur les épaules de l’un d’eux .
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