Aux pieds du Panthéon.. par : Saïd Chlih

تقليص
X
 
  • تصفية - فلترة
  • الوقت
  • عرض
إلغاء تحديد الكل
مشاركات جديدة
  • د/ سعيد الشليح
    أديب وكاتب
    • 09-12-2008
    • 220

    Aux pieds du Panthéon.. par : Saïd Chlih

    Aux pieds du Panthéon
    Par : Saïd Chlih

    C’était un dimanche automnal. Je venais de prendre mon déjeuner en compagnie de mon ami Pierre Javert. Nous longions la Seine. Tout à coup, Pierre s’arrêta et me demanda de l’accompagner au cimetière du Père-Lachaise. Là où reposait l’âme de son père. Ce cimetière est un monument historique qui abrite les restes de plusieurs célébrités. Nous nous y rendîmes tout de suite.

    Pierre retrouva aisément la tombe de M. Javert et s’y recueillit. Quant à moi, j’aperçus un tombeau isolé qui attira vite mon attention par son épitaphe inédite. Y furent gravés ces vers :

    Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange,
    Il vivait. Il mourut quand il n'eut plus son ange;
    La chose simplement d'elle-même arriva,
    Comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va.

    Ce sont des vers que j’ai lus quelque part, me dis-je. Mais où, bon sang ? Ah ! J’y suis.

    Après avoir pris congé de Pierre, je me dirigeai vers le Panthéon de Paris. Les fameux vers restèrent

    collés à ma langue. Alors que je les déclamais, j’entendis une voix étrange qui surgît de nulle part. Elle

    m’interpela pour me donner rendez-vous à cinq heures tapantes au célèbre Café « Plume d’Oie » qui réunit, à Montparnasse, l’élite des plumes parisiennes de tous les temps. Vous pourriez y rencontrer Molière, Racine, De Gaulle, Prévert et j’en pass.

    Fut-ce un guet - apens ou une blague de mauvais goût ? Aucune idée. Une peur bleue enveloppa mon corps de la tête à l’orteil. Je ne savais pas quoi faire. Je me tournai à droite. Puis, à gauche. L’allée était déserte. Pas âme qui vive. Je pressai le pas sans courir. Je parvins nolens volens à regagner mon petit hôtel à la rue Vaugirard à bord d’un carrosse que j’eus de la peine à trouver. Le visage du voiturier m’était familier.

    Après un léger somme d’un quart d’heure, je pris la route pour Montparnasse, ne fût-ce que pour surmonter ma peur et satisfaire ma curiosité. Une fois au Café, je demandai au serveur de m’apporter un café au lait. J’ouvris un recueil de poèmes et commençai à lire. Soudain, un carrosse semblable à celui que je pris quelques heures auparavant, s’arrêta. Un gentilhomme octogénaire, à l’échine un peu courbée, descendit lentement avec l’aide du voiturier. Son chapeau melon faillit glisser sous les roues. Le voiturier l’attrapa in extremis. Cet homme respectable que le voiturier Jean appela Victor, portait de beaux habits d’un autre temps. Je ne les avais jamais vus auparavant. Si, au cinéma peut-être. Jean se mit à table pour lui tenir compagnie. A les voir causer de la sorte, je conclus qu’ils étaient parents ou amis.

    Jean me reconnut. Il vint me saluer et me demanda si je voulais bien me joindre à eux. J’acquiesçai de la tête et l’accompagnai. Curieusement, le visage barbu de Victor ne me fut pas non plus étranger. Je le vis quelque part. J’en fus sûr.

    Ils me mirent à l’aise. Victor appela le voiturier de tous les noms. Tantôt M. Madeleine, tantôt M. Champmathieu et souvent Jean. Avec sa grande courtoisie, il s’enquit de son état de santé et du niveau de son apprentissage de la lecture et de l’écriture. Tout allait bien, lui confia Jean. Victor fut rassuré. Moi aussi.

    Jean délia sa langue et nous raconta brièvement les péripéties de sa vie depuis le jour où il perdit son père jusqu’à sa sortie miraculeuse du bagne et son histoire avec Cosette.

    Dans la foulée de la conversation que nous tînmes, Victor évoqua son séjour à Guernesey, cette île qui domine la Manche au large des côtes françaises, où il renoua avec sa passion la plus chère, l’écriture. Sans que je m’en rendisse compte, je récitai deux vers que j’aimais beaucoup :

    Je leur conte la vie, et que, dans nos douleurs,
    Il faut que la bonté soit au fond de nos pleurs.

    Ahuri, Victor se tourna vers moi et enchaîna :
    Et que, dans nos bonheurs, et que, dans nos délires,
    Il faut que la bonté soit au fond de nos rires ;
    Qu’être bon, c’est bon vivre, et que l’adversité
    Peut tout chasser d’une âme, excepté la bonté ...

    Bouche bée, je ne pouvais dire un mot. Victor me demanda en toute humilité :

    - Vous aimez les Contemplations. N’est-ce pas ?

    - Vous devez être le grand Victor Hugo, m’exclamai-je.

    - C’est donc vous que je devais rencontrer ici à cinq heures. Drôle de coïncidence ! Maintenant que vous me connaissez, j’estime que mon ami Jean Valjean vous rappelle certainement quelque chose.

    - Et comment ? Répondis-je, tout ému.

    Il cligna des yeux et sourit tandis qu’une petite larme humecta sa barbe blanche.

    Victor Hugo renaquit-il, ainsi, de ses cendres au Panthéon et vint me joindre au Café « Plume d’Oie ». Moi, l’enfant du Sud, l’arrière petit fils d’Al Mutanabbi. Je n’en reviens toujours pas !
    التعديل الأخير تم بواسطة د/ سعيد الشليح; الساعة 27-12-2011, 09:43.
  • حورالعربي
    أديب وكاتب
    • 22-08-2011
    • 536

    #2
    المشاركة الأصلية بواسطة د/ سعيد الشليح مشاهدة المشاركة
    Aux pieds du Panthéon

    Par : Saïd Chlih

    C’était un dimanche automnal. Je venais de prendre mon déjeuner en compagnie de mon ami Pierre Javert. Nous longions la Seine. Tout à coup, Pierre s’arrêta et me demanda de l’accompagner au cimetière du Père-Lachaise. Là où reposait l’âme de son père. Ce cimetière est un monument historique qui abrite les restes de plusieurs célébrités. Nous nous y rendîmes tout de suite.
    Pierre retrouva aisément la tombe de M. Javert et s’y recueillit. Quant à moi, j’aperçus un tombeau isolé qui attira vite mon attention par son épitaphe inédite. Y furent gravés ces vers :

    Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange,
    Il vivait. Il mourut quand il n'eut plus son ange;
    La chose simplement d'elle-même arriva,
    Comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va.

    Ce sont des vers que j’ai lus quelque part, me dis-je. Mais où, bon sang ? Ah ! J’y suis.
    Après avoir pris congé de Pierre, je me dirigeai vers le Panthéon de Paris. Les fameux vers restèrent collés à ma langue. Alors que je les déclamais, j’entendis une voix étrange qui surgît de nulle part. Elle m’interpela pour me donner rendez-vous à cinq heures tapantes au célèbre Café « Plume d’Oie » qui réunit, à Montparnasse, l’élite des plumes parisiennes de tous les temps. Vous pourriez y rencontrer Molière, Racine, De Gaulle, Prévert et j’en pass.

    Fut-ce un guet - apens ou une blague de mauvais goût ? Aucune idée. Une peur bleue enveloppa mon corps de la tête à l’orteil. Je ne savais pas quoi faire. Je me tournai à droite. Puis, à gauche. L’allée était déserte. Pas âme qui vive. Je pressai le pas sans courir. Je parvins nolens volens à regagner mon petit hôtel à la rue Vaugirard à bord d’un carrosse que j’eus de la peine à trouver. Le visage du voiturier m’était familier.

    Après un léger somme d’un quart d’heure, je pris la route pour Montparnasse, ne fût-ce que pour surmonter ma peur et satisfaire ma curiosité. Une fois au Café, je demandai au serveur de m’apporter un café au lait. J’ouvris un recueil de poèmes et commençai à lire. Soudain, un carrosse semblable à celui que je pris quelques heures auparavant, s’arrêta. Un gentilhomme octogénaire, à l’échine un peu courbée, descendit lentement avec l’aide du voiturier. Son chapeau melon faillit glisser sous les roues. Le voiturier l’attrapa in extremis. Cet homme respectable que le voiturier Jean appela Victor, portait de beaux habits d’un autre temps. Je ne les avais jamais vus auparavant. Si, au cinéma peut-être. Jean se mit à table pour lui tenir compagnie. A les voir causer de la sorte, je conclus qu’ils étaient parents ou amis.

    Jean me reconnut. Il vint me saluer et me demanda si je voulais bien me joindre à eux. J’acquiesçai de la tête et l’accompagnai. Curieusement, le visage barbu de Victor ne me fut pas non plus étranger. Je le vis quelque part. J’en fus sûr.

    Ils me mirent à l’aise. Victor appela le voiturier de tous les noms. Tantôt M. Madeleine, tantôt M. Champmathieu et souvent Jean. Avec sa grande courtoisie, il s’enquit de son état de santé et du niveau de son apprentissage de la lecture et de l’écriture. Tout allait bien, lui confia Jean. Victor fut rassuré. Moi aussi.

    Jean délia sa langue et nous raconta brièvement les péripéties de sa vie depuis le jour où il perdit son père jusqu’à sa sortie miraculeuse du bagne et son histoire avec Cosette.

    Dans la foulée de la conversation que nous tînmes, Victor évoqua son séjour à Guernesey, cette île qui domine la Manche au large des côtes françaises, où il renoua avec sa passion la plus chère, l’écriture. Sans que je m’en rendisse compte, je récitai deux vers que j’aimais beaucoup :

    Je leur conte la vie, et que, dans nos douleurs,
    Il faut que la bonté soit au fond de nos pleurs.

    Ahuri, Victor se tourna vers moi et enchaîna :
    Et que, dans nos bonheurs, et que, dans nos délires,
    Il faut que la bonté soit au fond de nos rires ;
    Qu’être bon, c’est bon vivre, et que l’adversité
    Peut tout chasser d’une âme, excepté la bonté ...

    Bouche bée, je ne pouvais dire un mot. Victor me demanda en toute humilité :

    - Vous aimez les Contemplations. N’est-ce pas ?

    - Vous devez être le grand Victor Hugo, m’exclamai-je.

    - C’est donc vous que je devais rencontrer ici à cinq heures. Drôle de coïncidence ! Maintenant que vous me connaissez, j’estime que mon ami Jean Valjean vous rappelle certainement quelque chose.

    - Et comment ? Répondis-je, tout ému.

    Il cligna des yeux et sourit tandis qu’une petite larme humecta sa barbe blanche.


    Victor Hugo renaquit-il, ainsi, de ses cendres au Panthéon et vint me joindre au Café « Plume d’Oie ». Moi, l’enfant du Sud, l’arrière petit fils d’Al Mutanabbi. Je n’en reviens toujours pas !


    أستاذنا الكريم سعيد الشليح

    تتمتعون بخيال خصب واسع استمتعت من خلاله بسرد رائع لهذا النص الجميل جدا
    الذي ذكرنا بالشاعر الكبيرفيكتور هوغو ورائعته الشهيرة
    البائسون او "البؤساء" وبطليها جان فالجان وكوزيت
    والعهد الرومانسي والمدفن المخصص لكبار الشخصيات .

    كتبتم فأمتعتم فشكرا لكم

    تحيتي وتقديري

    تعليق

    • منيره الفهري
      مدير عام. رئيس ملتقى الترجمة
      • 21-12-2010
      • 9870

      #3
      Trooop beau ce que je viens de lire franchement
      c'est le rêve tant espéré
      Rencontrer Victor Hugo dans ce petit coin
      pour lui confier notre grand amour pour ses écrits
      pour "ses Misérables" , avec lesquelles nous avons grandi
      et qui nous ont marqués
      pour qu'enfin nos deux civilisations se mêlent ensemble
      et créent le Grand Homme qui est en nous

      Bravo Dr Said Chlih pour ces merveilles

      Un jour j'étais Cosette


      Et je l'ai écrite à ma manière


      Je vends des fleurs Ecrit par Mounira Fehri Je vends des fleurs A tout bonimenteur Je ramasse mes pétales éparpillées Et je détale de peur d’être pillée Me blottir contre les murs Cantonnée dans ma frêle armure Je compte mes billets Avec la ferveur du clochard désargenté Insuffisant pour me protéger


      تعليق

      • د/ سعيد الشليح
        أديب وكاتب
        • 09-12-2008
        • 220

        #4
        المشاركة الأصلية بواسطة حورالعربي مشاهدة المشاركة


        أستاذنا الكريم سعيد الشليح

        تتمتعون بخيال خصب واسع استمتعت من خلاله بسرد رائع لهذا النص الجميل جدا
        الذي ذكرنا بالشاعر الكبيرفيكتور هوغو ورائعته الشهيرة
        البائسون او "البؤساء" وبطليها جان فالجان وكوزيت
        والعهد الرومانسي والمدفن المخصص لكبار الشخصيات .

        كتبتم فأمتعتم فشكرا لكم


        تحيتي وتقديري
        و عليكم السلام و رحمة الله تعالى و بركاته
        الأخت الكريمة
        الأديبة حور العربي
        سررت باستمتاعك بملاقاتك، عبر هذا النص ،
        لفكتور هيغو و شخصيات "البؤساء" ..
        لك أطيب التحيات

        تعليق

        • د.نجلاء نصير
          رئيس تحرير صحيفة مواجهات
          • 16-07-2010
          • 4931

          #5
          القدير /د /سعيد الشليح
          نص متع وخيال خصب
          تحياتي ليراع يقطر ابداعا
          sigpic

          تعليق

          • محمد ابوحفص السماحي
            نائب رئيس ملتقى الترجمة
            • 27-12-2008
            • 1678

            #6
            Dr said chlih
            c'est beau de nous donner un rendez-vous avec le célèbre Victor Hugo
            c'est très beau de le faire avec ce style
            et je serai reconnaissant si vous lisez ma traduction du poème "la nature" de Victor Hugo
            mes sincères sentiments

            [url]http://www.almolltaqa.com/vb/showthread.php?92503-%CA%D1%CC%E3%C9-%DE%D5%ED%CF%C9-%C7%E1%D8%C8%ED%DA%C9-%E1%DD%ED%DF%CA%E6%D1-%E5%ED%CC%E6[/ur
            l]
            التعديل الأخير تم بواسطة محمد ابوحفص السماحي; الساعة 31-12-2011, 12:46.
            [gdwl]من فيضكم هذا القصيد أنا
            قلم وانتم كاتب الشعــــــــر[/gdwl]

            تعليق

            • د/ سعيد الشليح
              أديب وكاتب
              • 09-12-2008
              • 220

              #7
              المشاركة الأصلية بواسطة منيره الفهري مشاهدة المشاركة
              Trooop beau ce que je viens de lire franchement
              c'est le rêve tant espéré
              Rencontrer Victor Hugo dans ce petit coin
              pour lui confier notre grand amour pour ses écrits
              pour "ses Misérables" , avec lesquelles nous avons grandi
              et qui nous ont marqués
              pour qu'enfin nos deux civilisations se mêlent ensemble
              et créent le Grand Homme qui est en nous

              Bravo Dr Said Chlih pour ces merveilles

              Un jour j'étais Cosette


              Et je l'ai écrite à ma manière


              Je vends des fleurs Ecrit par Mounira Fehri Je vends des fleurs A tout bonimenteur Je ramasse mes pétales éparpillées Et je détale de peur d’être pillée Me blottir contre les murs Cantonnée dans ma frêle armure Je compte mes billets Avec la ferveur du clochard désargenté Insuffisant pour me protéger



              ِSerait-ce une sorte de télépathie "intellectuelle"? Peut être bien.
              Tant mieux. Je remarque que nous partageons cette passion pour la littérature française et plus particulièrement pour les oeuvres du grand Victor Hugo.
              .Nous nous en félicitons

              Merci chère poétesse Mounira El Fehri
              Mes hommages

              BONNE ET HEUREUSE ANNEE 2012

              تعليق

              • د/ سعيد الشليح
                أديب وكاتب
                • 09-12-2008
                • 220

                #8
                المشاركة الأصلية بواسطة نجلاء نصير مشاهدة المشاركة
                القدير /د /سعيد الشليح
                نص متع وخيال خصب
                تحياتي ليراع يقطر ابداعا

                المبدعة نجلاء نصير
                سعدت بإطلالتك المشرقة و إشادتك اللطيفة ..
                تحياتي العطرة
                و كل عام و أنت بألف خير

                تعليق

                • د/ سعيد الشليح
                  أديب وكاتب
                  • 09-12-2008
                  • 220

                  #9
                  المشاركة الأصلية بواسطة محمد ابوحفص السماحي مشاهدة المشاركة
                  Dr said chlih
                  c'est beau de nous donner un rendez-vous avec le célèbre Victor Hugo
                  c'est très beau de le faire avec ce style
                  et je serai reconnaissant si vous lisez ma traduction du poème "la nature" de Victor Hugo
                  mes sincères sentiments

                  [url]http://www.almolltaqa.com/vb/showthread.php?92503-%CA%D1%CC%E3%C9-%DE%D5%ED%CF%C9-%C7%E1%D8%C8%ED%DA%C9-%E1%DD%ED%DF%CA%E6%D1-%E5%ED%CC%E6[/ur
                  l]

                  Cher Mohamed Abou Hafs Samahi

                  Merci beaucoup pour ce beau compliment émanant d'un grand passionné de la littérature.

                  Mes amitiés


                  N.B: Je croyais vous avoir déjà répondu. Je m'en excuse.

                  تعليق

                  يعمل...
                  X