Jomana .. Advienne que pourra!
Par: Saïd Chlih
Par: Saïd Chlih
Qu’adviendrait-il si, au milieu d’une foule dominée par la gente masculine, une jeune femme, nommée Jomana, subtilisait son rôle au meilleur conteur de la plus prestigieuse place de narration au monde?
Qu’adviendrait-il si la conteuse s’avérait être, en même temps, l’un des personnages d’une histoire qui, tout en enivrant les spectateurs, leur présente des actes qui leur rappellent bien leurs mesquineries et leurs agissements abjects envers les anges gardiens de leurs foyers ?
Qu’adviendrait-il si la conteuse les ramenait du monde imaginaire de shehrazade, d’Antar et Abla et de Saïf Dhou Yazane, pour les replonger dans leur réalité quotidienne qu’ils tentent de fuir à bord des contes merveilleux de Si Hammou ?
Qu’adviendrait-il si les hommes cessaient de s’acharner aveuglément sur leurs conjointes, leurs filles et les autres ?
Ces questions et d’autres s’entrelacent et forment un labyrinthe dans lequel Jomana nous entraîne allégrement pour y découvrir des personnages que nous croisons tous les jours et d’autres qui nous sont complètement étrangers du fait de l’excentricité de leurs caractères et de leurs actes qui frôle la misogynie.
Jomana est un bassin magique. Le lait pur de six merveilleux ruisselets y coule à flots. C’est Lalla Malika, une maman tout aussi généreuse que prévenante et attentionnée, qui en assure l’entretien. C’est justement grâce à elle que le prénom de sa fille benjamine est la compilation de ceux de ses sœurs aînées. Elle les a tous scrupuleusement choisis sans l’aval de son époux qui ne s’y intéressait point. Chacun de ces prénoms a un sens profond et traduit la vision optimiste de cette dame et sa foi inébranlable en Dieu . En épelant Jomana, on lit : J : Jamila (belle) ; O : Omnia (espérance) ; M : Maria (Chaste) ; A : Assalah (Authenticité) ; N : Nada ( Rosée) ; A : Amani (Espérances).
Jomana est l’une des sept perles qui ornent le collier précieux de Lalla Malika dont l’affection et la tendresse servent de potion magique qui lui donne tout son éclat au fil des jours.
Jomana est une gazelle de Marrakech. Elle déborde de grâce et d’intelligence et se consume dans l’âtre de la souffrance ; son enfance ayant été volée et sa jeunesse hypothéquée. Tous ses rêves ont grandi pour se briser finalement derrière les murs d’une maison où prévaut la loi machiavélique du patriarcat qui a obsédé son papa, l’homme opulent qu’il était, et l’a amené à maltraiter ses propres filles et leur mère.
Jomana est un cri qui transperce le mur épais du silence et retentit partout dans le monde. C’est un haro à la maltraitance et l’oppression qui sévissent dans un Etat de droit et dont sont victimes des femmes pour la simple raison qu’elles sont belles et que leurs enfants ne porteront pas les noms de leurs grands-pères maternels.
Jomana est un cri qui transperce le mur épais du silence et retentit partout dans le monde. C’est un haro à la maltraitance et l’oppression qui sévissent dans un Etat de droit et dont sont victimes des femmes pour la simple raison qu’elles sont belles et que leurs enfants ne porteront pas les noms de leurs grands-pères maternels.
Jomana est une dénonciation de l’irresponsabilité des pères machistes qui compromettent l’avenir de leurs filles mineures. Sa sœur Jamila n’a-t-elle pas été offerte comme épouse au premier demandeur ? Et pourtant, elle n’avait que treize ans. Elle voulait jouer encore et encore. Elle ne savait donc pas pour quelle raison elle allait vivre sous le toit d’un nouveau papa, une personne qu’elle n’a jamais connue auparavant alors que son géniteur est en vie. Elle était condamnée à devenir orpheline malgré elle (P.30).
Jomana est un plaidoyer en faveur de la scolarisation de la fille et un appel à sa protection des sévices des instituteurs sadiques tel que celui qui a cruellement surnommé sa sœur Omnia « O », c'est-à-dire, nulle. Qu’en restait-il, alors, pour une enfant profondément traumatisée dans une pareille enceinte sinon des propos injurieux et avilissants proférés par cet instituteur et repris par ses camarades de classe ? D’autant plus que ces derniers s’amusaient à « écrire la lettre « O » sur les murs et parfois même sur leurs corps et se tenaient debout en formant un cercle » (P.44-45). Coincée entre le marteau de son foyer et l’enclume de l’école, la petite Omnia a envisagé de mettre fin à sa scolarité. Son papa a, toutefois, anticipé les choses sans même l’avoir consultée. Il a décidé de son sort non pas par pitié pour ce qu’elle endurait à l’école et dont il n’était pas du tout au courant, mais par intime conviction de la nécessité de la protéger des gueules de loups et de la préparer à faire face à sa misérable destinée de femme orpheline au foyer.
Jomana est un appel au secours de la jeune fille qui risque, à tout instant, de succomber, contre son gré, aux actes ignobles dictés par l’instinct bestial de certains adultes. Hadj Kabbour en est un. Il a lâchement et sauvagement violé sa sœur Maria la condamnant, de ce fait, au silence absolu et enterrant à jamais les merveilleux rêves qu’elle dessinait sur les beaux tapis dont elle maîtrisait parfaitement le tissage.
Jomana est une ouverture sur le monde en quête de solidarité. C’est une passerelle de communication avec les autres sociétés qui réservent à la femme les égards et l’estime qu’elle mérite, préservent sa dignité et lui ouvrent toutes les voies d’émancipation qui favorisent son épanouissement et lui permettent de participer activement au développement économique et social.
Jomana est un roman en anglais portant la signature de M. Hassan Zrizi. C’est un écho retentissant du combat quotidien des milliers de femmes marocaines qui revendiquent leur droit légitime à une vie meilleure dans une société où ce droit leur est théoriquement garanti par le nouveau code de la famille et les autres textes législatifs et réglementaires en vigueur.
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