Djamal Mahmoud féconde les mots comme il féconde la femme. Ravi
par l’amour, ébloui par la naissance - ce processus grâce auquel il
réalise pleinement sa mission d’Homme - le poète accomplit sa
mission de créateur, accédant ainsi au rôle de démiurge. Et c’est à
la femme qui accouche, qui donne vie, qui met au monde, la Femme
– épouse et mère - initiatrice de la vie qu’il rend hommage.
„je suis entrée en travail maintenant
je serre les dents et je me tais
(Frénésie)
„mais ton coeur est la cloche
qui bat éternellement m’annonçant
chaque résurrection”… (Lala)
Sa mère est le personnage central de nombreux poèmes, entrant en
symbiose avec la nature, une nature fertile et authentique, qui est
souvent source de nostagie, tel un paradis perdu.
„et lorsque je commence à m’assoupir
il tire l’ombre de maman bien cachée dans ses racines
il me la tend et appelle tous les oiseaux
pour qu’ils chantent jusqu’à ce que je m’endorme dans ses bras…”
(L’ombre)
Plus que le résultat d’un désir, l’enlacement des corps n’étant pas
absent de ces poèmes, la naissance conduit à cet accouchement de
soi-même, qui se transforme peu à peu en une initiation, ponctuée
par la mort à chaque étape de cette croissance nécessaire au
processus de vie.
„dans mon arche gémit une femme en travail
ce n’est pas son premier accouchement et ce ne sera pas son
dernier
(...)
je suis impatient
j’ai hâte qu’elle accouche de moi-même” (L’épitaphe)
„Elle
gémit
gémit en moi tout en me faisant naître” (La naissance)
4
Ces étapes de la vie sont autant de rites d’initiation visant à devenir
Homme au plein sens du terme, à réaliser l’oeuvre de Dieu et par làmême
à se rapprocher de l’infini. La mort n’est pas exclue, mais
incluse dans le processus vital, tout comme l’ombre n’est pas en
opposition mais en complémentarité de la lumière, mettant en
relief le paysage et procurant par là-même plus de hauteur et de
profondeur aux textes poétiques.
„ton corps ondule en moi
délicat et innocent
il danse la valse de ma mort
et de la résurrection des eaux mortes” (Tête)
Le poète se promène dans un paysage séculaire chargé d’histoire,
décryptant les formes et les contours de sa géographie particulière.
„tenant en main le barrage érodé
par les rats et par les gens
nous nous heurtons à l’eau restante” (Mareb)
(Evocation de la digue de Marib au Yémen, symbole de l’Arabie
heureuse, ancienne capitale du royaume de Saba).
„dans mes bras
se lève un chevalier arabe
il te récite la peau écrite
en lettres d’or sur le mur de la Mecque” (Duel)
Il s’agit là d’un espace ouvert, où la terre attend l’eau, cet élément
vital qui la féconde, cette eau de la crue qui la nourrit. L’eau,
élément essentiel de la vie, symbole de fécondation, tout comme à
la naissance la femme perd les eaux.
„elle me regarde voilée
on ne voit que ses yeux
comme ceux d’un faucon enchaîné
d’eux s’échappe le désert
en quête de la pluie” (Pont)
Tout au long de ce parcours, entre silence (du désert) et attente (de
l’eau), le poète fait un retour aux origines, se dénudant
complètement, cherchant l’enfant intérieur, éternel visionnaire de
la pureté originelle où le corps n’est que le réceptacle, périssable,
de l’âme éternelle:
„entre mon âme et l’air
il y a un corps
et une camisole de force” (La toile humide)
Le poète se transforme ainsi en un „berger de rochers”.
„comme la majorité des prophètes
je m’imagine en rêve
chaque nuit
…/…
5
…/…
avec des troupeaux de rochers derrière moi
broutant des vagues” (berger de rochers)
Pourtant l’espace infini est offert à chacun de nous, qui naît dans la
liberté de s’écouler sans opposer aucun barrage au cours naturel du
fleuve et sans craindre l’ennui et la vanité du monde.
Pour traduire cet infini, cette liberté intérieure, le poète a recours
à la poésie, tout comme le grand poète roumain Nichita Stanescu,
qui était en quête du mot créateur de mondes, le mot „lumière”:
„Fiat lux !”
„Dieu me manque
je veux le voir juste maintenant
cueillir la lumière de tes battements
d’ailes…” (Timbre)
Pour Djamal Mahmoud, la poésie est cet art qui repose en lui,
attendant d’être fécondé, et c’est lors de cette mise au monde
révélant l’écriture, que le poème l’accouche en tant que poète. A la
gestation de l’un, se superpose la révélation de l’autre. Le cercle
est parfaitement clos. L’Homme se réalise alors au plein sens du
terme, il réalise l’oeuvre de Dieu en se rapprochant de cet infini.
Telle est la mission du poète: dépasser ses ombres particulières,
accomplir la mission humaine et au moyen de la poésie, langage
universel, atteindre Dieu.
„séparé de mon ombre
je quitte les rochers blottis
je sors des murs abrupts” (Le premier cercle)
(Nicole Pottier)
par l’amour, ébloui par la naissance - ce processus grâce auquel il
réalise pleinement sa mission d’Homme - le poète accomplit sa
mission de créateur, accédant ainsi au rôle de démiurge. Et c’est à
la femme qui accouche, qui donne vie, qui met au monde, la Femme
– épouse et mère - initiatrice de la vie qu’il rend hommage.
„je suis entrée en travail maintenant
je serre les dents et je me tais
(Frénésie)
„mais ton coeur est la cloche
qui bat éternellement m’annonçant
chaque résurrection”… (Lala)
Sa mère est le personnage central de nombreux poèmes, entrant en
symbiose avec la nature, une nature fertile et authentique, qui est
souvent source de nostagie, tel un paradis perdu.
„et lorsque je commence à m’assoupir
il tire l’ombre de maman bien cachée dans ses racines
il me la tend et appelle tous les oiseaux
pour qu’ils chantent jusqu’à ce que je m’endorme dans ses bras…”
(L’ombre)
Plus que le résultat d’un désir, l’enlacement des corps n’étant pas
absent de ces poèmes, la naissance conduit à cet accouchement de
soi-même, qui se transforme peu à peu en une initiation, ponctuée
par la mort à chaque étape de cette croissance nécessaire au
processus de vie.
„dans mon arche gémit une femme en travail
ce n’est pas son premier accouchement et ce ne sera pas son
dernier
(...)
je suis impatient
j’ai hâte qu’elle accouche de moi-même” (L’épitaphe)
„Elle
gémit
gémit en moi tout en me faisant naître” (La naissance)
4
Ces étapes de la vie sont autant de rites d’initiation visant à devenir
Homme au plein sens du terme, à réaliser l’oeuvre de Dieu et par làmême
à se rapprocher de l’infini. La mort n’est pas exclue, mais
incluse dans le processus vital, tout comme l’ombre n’est pas en
opposition mais en complémentarité de la lumière, mettant en
relief le paysage et procurant par là-même plus de hauteur et de
profondeur aux textes poétiques.
„ton corps ondule en moi
délicat et innocent
il danse la valse de ma mort
et de la résurrection des eaux mortes” (Tête)
Le poète se promène dans un paysage séculaire chargé d’histoire,
décryptant les formes et les contours de sa géographie particulière.
„tenant en main le barrage érodé
par les rats et par les gens
nous nous heurtons à l’eau restante” (Mareb)
(Evocation de la digue de Marib au Yémen, symbole de l’Arabie
heureuse, ancienne capitale du royaume de Saba).
„dans mes bras
se lève un chevalier arabe
il te récite la peau écrite
en lettres d’or sur le mur de la Mecque” (Duel)
Il s’agit là d’un espace ouvert, où la terre attend l’eau, cet élément
vital qui la féconde, cette eau de la crue qui la nourrit. L’eau,
élément essentiel de la vie, symbole de fécondation, tout comme à
la naissance la femme perd les eaux.
„elle me regarde voilée
on ne voit que ses yeux
comme ceux d’un faucon enchaîné
d’eux s’échappe le désert
en quête de la pluie” (Pont)
Tout au long de ce parcours, entre silence (du désert) et attente (de
l’eau), le poète fait un retour aux origines, se dénudant
complètement, cherchant l’enfant intérieur, éternel visionnaire de
la pureté originelle où le corps n’est que le réceptacle, périssable,
de l’âme éternelle:
„entre mon âme et l’air
il y a un corps
et une camisole de force” (La toile humide)
Le poète se transforme ainsi en un „berger de rochers”.
„comme la majorité des prophètes
je m’imagine en rêve
chaque nuit
…/…
5
…/…
avec des troupeaux de rochers derrière moi
broutant des vagues” (berger de rochers)
Pourtant l’espace infini est offert à chacun de nous, qui naît dans la
liberté de s’écouler sans opposer aucun barrage au cours naturel du
fleuve et sans craindre l’ennui et la vanité du monde.
Pour traduire cet infini, cette liberté intérieure, le poète a recours
à la poésie, tout comme le grand poète roumain Nichita Stanescu,
qui était en quête du mot créateur de mondes, le mot „lumière”:
„Fiat lux !”
„Dieu me manque
je veux le voir juste maintenant
cueillir la lumière de tes battements
d’ailes…” (Timbre)
Pour Djamal Mahmoud, la poésie est cet art qui repose en lui,
attendant d’être fécondé, et c’est lors de cette mise au monde
révélant l’écriture, que le poème l’accouche en tant que poète. A la
gestation de l’un, se superpose la révélation de l’autre. Le cercle
est parfaitement clos. L’Homme se réalise alors au plein sens du
terme, il réalise l’oeuvre de Dieu en se rapprochant de cet infini.
Telle est la mission du poète: dépasser ses ombres particulières,
accomplir la mission humaine et au moyen de la poésie, langage
universel, atteindre Dieu.
„séparé de mon ombre
je quitte les rochers blottis
je sors des murs abrupts” (Le premier cercle)
(Nicole Pottier)
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